Press: Stravinsky / Debussy                                

01/06/2007

La Tribune de Geneve

Elles ne changent pas. Comme si le temps n´avait pas prise sur elles. Depuis plus de trente ans, les soeurs Labèque ont toujours le même regard lumineux, la même grâce dans le sourire. Marielle la sage, Katia la sauvage, deux pianistes à la beauté sans âge. Si talentueuses, si glamour, si yin et yang. Normal, pour les déesses d´un instrument en noir et blanc. Elles s´étaient pourtant éclipsées depuis quelques temps (relativement: Berlin, New York ou Paris les applaudissent toujours), trop occupées à bâtir un empire. Jadis stars du classique et pionnières du cross-over intelligent. Aujourd´hui... stars tout court de la philanthropie intelligente. En 2005, les soeurs ont créé KML Fondazione, une fondation qui veut promouvoir la musique classique et bâtir des ponts entre les différents arts. Dans le comité de soutien, on relève les noms de Madonna, Daniel Day Lewis, Placido Domingo, Ralph Fiennes ou Alessandro Baricco. Panel éclectique, à l´image des intérêts du duo. (Katia, notamment, en égérie de John McLaughlin et de Miles Davis, pratique toujours l´improvisation avec B for Bang ou son propre Band.)

Dans la foulée, les Labèque ont également lancé un label discographique, KML Recordings. Sur ce nouvel album, qui juxtapose Stravinsky (Concerto pour deux pianos, Easy Pieces, Ragtime, Tango) et Debussy (En Blanc et Noir), leur jeu reste aussi brillant, pétaradant et homogène qu´à leurs fulgurants débuts. Coordination millimétrée, couleurs chatoyantes, virtuosité étincelante. Katia et Marielle respirent d´un seul souffle. C´est impressionnant. Outre le CD, l´album contient un DVD, avec le même répertoire mis en images par le jeune cinéaste Tal Rosner. Un habillage très graphique, qui puise son inspiration dans l´avant-garde cinématographique des années 20: bâtiments distordus, lignes démultipliées, montage rythmé par la musique... On est à mille lieues de la tendance clip actuelle. Tant mieux, même si Rosner nous prive (presque entièrement) des beaux yeux de KML.

Luca Sabbatini